Et si la peinture pouvait changer notre regard ?

Petite fille, j’étais timide, introvertie et plutôt pudique. Les années ont passé, la timidité s’est un peu envolée, mais la pudeur, elle, est toujours bien présente !

Mon corps aussi a changé. Au fil du temps et des événements de la vie, il s’est transformé, parfois malgré moi. Des changements avec lesquels je ne suis pas toujours en accord.

Et puis, j’ai découvert la peinture sur corps.

Quelle drôle d’idée pour une femme pudique, vous ne trouvez pas ? Moi qui n’ai jamais été parfaitement à l’aise avec mon image ni même le contact physique, voilà que je décide de faire de mon propre corps une toile !

Une toile un peu particulière

Pour le moment, mon terrain d’exploration se limite à mon visage, mon buste et mes jambes. Trois surfaces bien différentes, avec leurs courbes, leurs reliefs et leurs petites difficultés.

J’ai découvert que la peau avait une manière bien particulière de boire la peinture. Elle absorbe, accroche, se plisse et bouge.

Moi qui suis un véritable dromadaire dans la vie, voilà que je me retrouve à donner à boire des mixtures colorées à mon propre corps ! Un comble, non ?

Il faut apprendre à composer avec ce support vivant. Un trait tout simple sur le papier devient parfois un véritable défi sur une courbe. Mais c’est aussi ce qui me plaît : expérimenter, me tromper, recommencer.

Et sans vraiment m’en rendre compte, j’ai commencé à regarder mon corps autrement.

Là où je voyais des rondeurs, j’ai découvert des courbes à suivre avec mon pinceau. Là où mon regard s’arrêtait sur ce qui me déplaisait, j’ai trouvé des espaces à colorer.

Je ne vais pas vous raconter que mes complexes se sont envolés avec quelques coups de pinceau. Ce serait trop facile !

Je n’ai pas changé de corps. J’ai simplement appris à le regarder autrement, le temps d’une peinture.

Et sur la peau des autres ?

Cette découverte a aussi fait naître une envie : celle de peindre sur d’autres corps, d’en découvrir les singularités et l’inattendu.

Je ne cherche pas le corps parfait. Ce sont justement nos différences, nos courbes, les marques du temps et parfois nos cicatrices qui racontent quelque chose de nous.

J’aimerais que mon pinceau soit un regard bienveillant posé sur l’autre. Qu’il ne cherche pas à corriger, mais à magnifier.

Transformer la douleur en éclat, le souvenir d’une blessure en floraison nouvelle.

Je suis particulièrement inspirée par les artistes qui participent à l’association Maquille Mon Krâne créer par l’incroyable Fanny Miosotis et d’autres talentueuses femmes qui ont elles-mêmes toutes été confrontées à la maladie. Leur manière de mettre la peinture au service de l’humain, de sublimer les différences et de poser un regard bienveillant sur des corps marqués par la vie me touche profondément.

🔗Page Instagram Maquille mon Krâne

C’est aussi dans cet esprit que j’aimerais faire évoluer ma peinture corporelle : ne pas chercher à effacer les particularités de chacun, mais leur donner une autre lumière.

Je n’ai pas la prétention de réparer quoi que ce soit avec de la peinture. Mais si elle peut permettre, le temps d’un instant, de se voir différemment, alors c’est déjà beaucoup.

Finalement, je pensais simplement découvrir une autre façon de peindre. J’y ai aussi trouvé une manière de magnifier les corps avec lesquels nous ne sommes pas toujours en accord…

🎨 Delph

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