Les couleurs et moi
Depuis toujours, je suis fascinée par les couleurs, les pigments et les nuances.
Là où certains ne voient pas vraiment de différence entre un violet, un parme et un mauve, moi, je vois de nettes distinctions. C’est quelque chose que je relève d’ailleurs souvent lors de discussions entre amies ou de séances de lèche-vitrines !
« Mais non, ce n’est pas du marine, c’est du bleu nuit ! »
Oh la relou…
J’aime observer les couleurs, les comparer, essayer de comprendre ce qui les différencie. Parfois, il suffit d’une pointe de gris, de bleu ou de jaune pour qu’une teinte change complètement. Et c’est justement ce qui m’intéresse : toutes ces possibilités à partir de quelques pigments.
En ce moment, j’essaie d’ailleurs d’en apprendre encore plus. La roue chromatique est une très bonne alliée pour comprendre les associations, les contrastes et les complémentarités. Mais plus encore qu’une leçon sur papier, ce sont les essais de mélanges et de superpositions qui m’apprennent le plus.
J’aime faire des tests, voir ce qui fonctionne ou non, découvrir une nuance à laquelle je n’avais pas pensé. Il m’arrive de chercher une couleur bien précise et d’en obtenir une tout autre. Ce n’est pas forcément celle que j’avais imaginée, mais elle peut finalement m’intéresser davantage.
Et puis, il y a tout ce que les couleurs évoquent.
Dans chaque couleur ressort une émotion, un souvenir.
Plus jeune, j’ai adoré lire Le Parfum de Patrick Süskind. J’avais l’impression de sentir les odeurs à travers les descriptions. C’est assez étonnant de voir comment de simples mots peuvent provoquer une sensation aussi précise.
Je fais aujourd’hui le parallèle avec les pigments. Une couleur peut immédiatement me rappeler un lieu, une personne ou un moment de ma vie.
Le rouge carmin me rappelle mon mariage. Il était présent dans mon bouquet, mes chaussures, les chaussettes… Une couleur que l’on avait déclinée jusque dans les petits détails.
Le rose me rappelle les fleurs de chez ma grand-mère, le rose poudré de ses joues et cette veste fuchsia qu’elle portait quand j’étais enfant.
Le jaune et le vert, tous ces fruits et légumes découverts au Sri Lanka, avec leurs couleurs parfois tellement intenses.
Le bleu me rappelle l’océan tumultueux, où le bleu marine et le turquoise se mêlent avant de former l’écume, mais aussi le bleu nuit des soirées d’été, le ciel chargé avant un gros orage au Sri Lanka.
Et cette association entre couleurs et souvenirs évolue aussi avec le temps. Une nuance que j’aimais particulièrement il y a quelques années ne m’attire plus forcément aujourd’hui. À l’inverse, certaines couleurs auxquelles je ne prêtais pas attention prennent maintenant une place importante dans mes envies de création.
Je crois que c’est aussi pour cela que je ne me lasse pas d’explorer les pigments. Il y a toujours une nouvelle association à essayer, une nuance à découvrir, une manière différente de travailler une couleur.
Sur toile comme sur corps, je construis mes expériences selon mes émotions et mes envies du moment. Je peux avoir envie de couleurs très vives pendant une période, puis me tourner vers des teintes plus douces ou plus sourdes à une autre.
Je n’ai pas forcément une idée précise de ce que je vais réaliser au départ. Souvent, c’est en manipulant les couleurs, en les associant et en les superposant que le projet commence à prendre forme.
Je commence toujours par choisir une couleur avant un thème.
Et à la question qui revient souvent depuis l’enfance : « Alors, quelle est ta couleur préférée? »
J’y réponds maintenant : Aucune enfin plutôt… toutes, même ce violet détestable pendant si longtemps devient intéressant quand il est accordé à un corail et un vert pistache.





Laisser un commentaire